Gravures et estampes

Les premiers essais de gravures Bryen datent de 1948, lors de l’époque charnière de son passage à la peinture à l’huile. La technique de la pointe-sèche, initialement utilisée, fait rapidement place à l’eau-forte, qui lui permet de jouer sur les fonds et les couleurs, puis à la lithographie.

L’oeuvre gravé de Bryen (qui comporte 144 numéros dans le catalogue réalisé par Jacqueline Boutet-Loyer) connaît un lien étroit avec la littérature, illustrant ainsi régulièrement des ouvrages de bibliophilie. Au début, il s’agit de ses propres recueils (La Chasse aux lions, Homo Dragonans, Jepeinsje), puis ces graphismes viennent dialoguer avec les textes d’autres artistes ou poètes.

En 1949, dans le recueil d’Iliazd sur la Poésie de Mots inconnus, Bryen illustre deux de ses poèmes phonétiques de gravures à la pointe sèche, et présente également un bois réalisé à quatre mains avec Hans Arp.

A la fin des années cinquante, l’artiste nantais illustre des poèmes de Francis Picabia (Poèmes de Dingalari), Antonin Artaud (Voici un endroit), Jean Arp (Notre petit continent) et Roger Bordier (Jeu de glace de Camille Bryen). Ces ouvrages sont publiés par Pierre, qui a pour particularité d’amener ses collaborateurs à publier des livres de petites tailles, à l’aspect dépouillé, édités à très peu d’exemplaires, et qui sont composés pour la plupart d’un unique poème illustré d’une gravure.

Les deux projets réalisés avec l’écrivain Michel Butor sont d’une toute autre ampleur. Dans Les Lettres écrites du Nouveau Mexique, les cinq eaux-fortes de Bryen servent ainsi de sujet aux lettres de Butor, qui les décrit comme des paysages. Querelle des Etats a quant-à lui la particularité de se présenter en tryptiques, le texte se chevauchant sur les planches.

« La gravure est pour moi une négation créatrice
l’envers donnant un endroit
aussi quelle tentation de programmer l’inconnu
par un graphisme sans signification
et de livrer cet acide programme organique
aux machines des acides minéraux
Ainsi existent maintenant ces multiples et solitaires
provocations à regarder l’absurde en face
que sont pour le moins mes gravures »
(Qui grave quoi)